Nicolas Bouzou est économiste et essayiste français, directeur du cabinet de conseil Asterès et co-fondateur du Cercle de Belém, directeur d’études au sein du MBA Law & Management de l’Université de Paris II Assas. Il est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages.

Le localisme est poussé par les vagues écologistes. Mais consommer local est-ce toujours mieux pour le climat ?

Le localisme est l’idée selon laquelle il faut privilégier des relations économiques de proximité. Cela inclut les relations commerciales, financières et migratoires. Il n’est pas certain que ce soit toujours bon pour l’environnement. Dans le domaine industriel par exemple, l’empreinte carbone est beaucoup plus influencée par le processus de production que par le transport. Dans le domaine agricole, ce qu’on consomme est plus important que d’où ça vient. Pour un Français ou un Suisse, consommer du bœuf français a plus d’impact négatif sur le climat que faire venir un avocat d’Amérique latine.

Suite à la crise, les relocalisations, le localisme, les circuits courts et les frontières sont à la mode. Est-ce que cette tendance est inquiétante pour nos systèmes basés sur l’économie de marché ?

Ce qui est inquiétant c’est l’idéologie qui est derrière et qui n’est pas toujours écologique. Une partie de ceux qui se prétendent écologistes sont des anti-capitalistes déguisés en vert et qui ne s’intéressent en rien au climat ou à la biodiversité. Ceux-là sont prêts à nous vendre le localisme ou la décroissance, non pas pour des raisons environnementales, mais parce qu’ils n’aiment pas la société libérale. Il y a à l’inverse les vrais écologistes, dont je fais partie, qui recherchent des solutions scientifiques à des problèmes très graves comme le réchauffement climatique.

Cette question se pose aussi pour les démocraties libérales, qui fonctionnent avec des économies de marché ? Un pays pourrait démocratiquement décider de se fermer, sans remettre en cause les logiques marchandes sur son territoire, mais avec quelles conséquences ?

Rien ne montre que réduire le commerce international serait socialement positif. Cela permettrait peut-être dans les pays riches une petite réduction des inégalités mais au prix d’un appauvrissement général. Il est absurde de refuser les bienfaits de la mondialisation. Il vaut mieux investir plus massivement dans l’éducation et la recherche que de revenir sur le modèle de société ouverte que nous avons.

L’adage veut que ce qui est proche est bon et ce qui est lointain est mauvais. Quels sont les risques de ce patriotisme économique ? Notamment pour les consommateurs ?

Le risque, c’est évidemment que le consommateur perde du pouvoir d’achat. C’est ce qui s’est passé aux États-Unis avec la politique protectionniste de l’administration Trump. Emmanuel Combe a montré que cette politique avait diminué le pouvoir d’achat pour un gain ridicule en termes d’emploi.

Pourquoi le libre-échange est bénéfique dans les relations internationales et pour le maintien de la paix ?

Il y a deux choses. D’une part, les relations commerciales augmentent le coût économique et social des conflits. Il devient plus coûteux de provoquer une guerre. D’autre part, le localisme est une idéologie de l’enracinement qui a à voir avec le nationalisme. A titre personnel, je préfère la philosophie kantienne de la « pensée élargie » qui enseigne les vertus du déracinement. S’éloigner de ses origines humanise. Voilà aussi pourquoi la mondialisation est une notion qui est bonne en soi.

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