Jo Jorgensen est la candidate du Parti libertarien à la présidence des États-Unis à l’élection de 2020. Elle fait campagne avec le slogan «Real Change for Real People». Elle souhaite mettre un terme au bipartisme et donner une alternative à ceux qui, comme elle, pensent que tant Donald Trump que Joe Biden ne sont pas des candidats valables pour la présidence des États-Unis.

Vous avez dit dans différentes interviews que vous aimeriez faire des USA une grande Suisse. Pouvez-vous nous expliquer quels éléments de la Suisse vous souhaitez reprendre ?

Je veux que l’Amérique adopte la politique étrangère de non-intervention de la Suisse. Si je suis élue, je rappellerai les troupes américaines de l’étranger, je réduirai les dépenses militaires et je concentrerai l’action de notre armée sur la défense du sol et des côtes américaines.

La Suisse est également reconnue pour la possession pacifique d’armes à feu. Ce qui donne aux gens ordinaires les moyens de défendre leur famille, leurs biens et la souveraineté nationale En tant que présidente, je m’efforcerai d’abroger toute loi qui porte atteinte à nos droits individuels. 

Que pensez-vous du fédéralisme aux États-Unis et en Suisse ?

Les libéraux sont pour une présence réduite de l’État à tous les niveaux. Les États-Unis ont commencé avec un petit gouvernement fédéral limité. Son rôle principal était de protéger les droits des individus et de laisser les autres décisions aux États locaux. Mais pendant les deux derniers siècles les Démocrates et les Républicains ont fait évoluer le gouvernement au-delà de ces limites. Le gouvernement fédéral prend aujourd’hui beaucoup plus de place et continue à se développer. C’est une dynamique que je désire combattre. En tant que présidente, je souhaite revenir à un gouvernement fédéral qui respecte simplement ses missions constitutionnelles. Je veux que les gens soient libres de faire leurs propres choix et de vivre leur vie comme ils l’entendent. Le département fédéral de l’éducation, par exemple, a pris le contrôle de l’éducation à la place des gouvernements locaux. Son influence ne cesse de croître, et en  même temps, la qualité éducative de notre formation ne cesse de se dégrader. Nous laissons tomber nos enfants. En tant que présidente, je mettrai fin à cette ingérence et rendrai le contrôle de nos écoles aux parents, aux enseignants et aux élèves. Cela se traduira par une baisse des coûts, une diminution des impôts et une plus grande liberté de choix, en permettant notamment aux parents de choisir entre des milliers de méthodes éducatives. 

En Europe, on dit souvent que les États-Unis sont le pays de la liberté, est-ce encore vrai ?

Malheureusement, notre gouvernement est devenu trop grand, trop autoritaire, trop curieux. Il nuit souvent aux personnes qu’il est censé aider. Alors que les États-Unis ont été fondés sur les libertés, nous avons perdu un grand nombre de ces dernières. C’est pourquoi je me présente aux élections – pour les retrouver. Prenons un exemple : L’ingérence du gouvernement dans notre système de santé a enrichi des intérêts particuliers, mais elle a aggravé la situation pour tous les autres. Certains prétendent que nous avons besoin d’un système de santé socialisé aux États-Unis parce que, disent-ils, le marché libre a échoué. Mais soyons clairs : nous n’avons pas eu de marché libre dans le domaine des soins depuis au moins 100 ans. Les services inabordables et d’autres problèmes sont le résultat direct de l’ingérence du gouvernement. Le dernier empiètement majeur a été Obamacare. Le président Obama avait promis de réduire le coût des primes d’assurance maladie, mais au lieu de cela, leur prix a doublé ! En tant que présidente, je travaillerai avec le Congrès pour créer un véritable marché libre des soins de santé, avec des prix bas et des soins de haute qualité. Les médecins et les hôpitaux devront se faire concurrence. Cela contribuera grandement à restaurer notre liberté.

En quoi les candidats Démocrates et Républicains sont-ils une menace pour les libertés américaines ?

Les politiques des Démocrates et des Républicains sont pratiquement pareilles, même s’ils essaient désespérément de nous convaincre du contraire. Ils s’attaquent l’un l’autre sans relâche. Ils divisent les Américains tout en refusant d’aborder les véritables changements de politique dont nous avons besoin. Les Démocrates et les Républicains nous privent de nos libertés, entravent la croissance économique, rendent les bons emplois rares et obligent de nombreux Américains, en particulier les étudiants, à s’endetter lourdement. Les anciens partis nous ont menti pour faire des guerres et ont autorisé l’espionnage de  nos citoyens. Ils enferment des centaines de milliers de dealers qui n’ont jamais agressé  personne et ils militarisent notre police locale. Les élus actuels distribuent des milliards de dollars à leurs proches, tandis que les familles luttent pour joindre les deux bouts. Alors oui, les politiciens Démocrates et Républicains représentent une menace pour notre liberté. Ils adoptent chaque année de nouvelles lois qui diminuent notre liberté.

De nombreux pays veulent museler la liberté d’expression, et certains veulent «protéger les gens contre eux-mêmes», créer des «safe space». La liberté d’expression doit-elle être limitée ?

Peu importe que nous soyons en désaccord avec ce que quelqu’un dit, nous devons veiller à ce qu’il ait le droit de le dire. C’est la seule option pour préserver une société libre et pour échanger librement des idées. Nous avons joui de la liberté d’expression aux États-Unis pendant la majeure partie de l’existence de notre pays, mais elle est maintenant menacée. De nombreuses universités subventionnées par le gouvernement limitent gravement la liberté d’expression. Chaque étudiant mérite le même droit à la liberté d’expression que celui qu’il aurait partout ailleurs.

La situation précaire des couches les plus défavorisées de la population américaine est très présente dans l’esprit des Européens. En quoi votre programme est-il bénéfique à cette catégorie de population, en quoi est-il plus «social» que celui des Démocrates ?

La meilleure façon de sortir les gens de la pauvreté est de maintenir les marchés libres et de supprimer l’ingérence trop marquée de l’État. Les programmes d’aide sociale ont enfermé des générations d’Américains dans la pauvreté. Les obstacles à l’emploi, tels que les lois sur le salaire minimum, ont empêché un grand nombre des personnes, principalement les plus défavorisées d’avoir un emploi rémunéré. Les Américains à faible revenu ont souffert de l’échec de la guerre contre la drogue. Aujourd’hui, des centaines de milliers d’Américains dépérissent en prison, condamnés pour des délits non violents liés à la drogue. Lorsqu’ils sont enfin libres de rentrer chez eux pour retrouver leur famille, leur casier judiciaire rend difficile l’obtention d’un emploi. Le parti libertarien s’oppose à la guerre contre la drogue depuis ses débuts en 1971. Le candidat à la présidence, Joe Biden, a été l’un des principaux partisans de cette politique ratée, et le président Trump refuse d’y mettre fin. Le premier jour de ma présidence, je gracierai et libérerai des prisons fédérales tous les délinquants non violents impliqués dans des affaires de drogue, et je m’emploierai à mettre enfin un terme à la guerre contre la drogue.

Quelle est votre position sur les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple), ces entreprises sont-elles un problème aujourd’hui ?

Il ne faut pas trop s’inquiéter de ces grandes entreprises car elles sont toujours soumises à la concurrence. À moins qu’elles n’engagent des lobbyistes qui convaincraient les politiciens d’adopter des lois qui les protègeraient de la concurrence, il n’y a pas de crainte à avoir. Lorsque le gouvernement reste à l’écart, les clients ont le pouvoir sur le comportement des entreprises. Les monopoles qui ne servent pas leurs clients seront remplacés. Il n’y a pas si longtemps, les régulateurs s’inquiétaient de la domination d’Internet Explorer sur le marché. Aujourd’hui, ils sont numéro deux derrière Chrome, avec Safari à leurs trousses. C’est le marché libre qui a apporté ce changement, et non une loi.

En quoi votre position sur le commerce international diffère-t-elle de celle des autres candidats ?

Mes opposants prétendent tous deux protéger les travailleurs américains, mais ils servent en réalité les lobbyistes de l’industrie qui ne veulent pas être compétitifs sur le marché mondial. Les barrières douanières visant à stimuler les ventes des entreprises américaines leur font en fait du tort. Ils les protègent de la concurrence internationale, ce qui a pour effet de les affaiblir à long terme. De plus, les tarifs douaniers imposent une taxe injuste aux consommateurs et incitent souvent les pays ciblés à appliquer des tarifs de rétorsion. Les individus devraient être libres de commercer entre eux, volontairement et pacifiquement, partout dans le monde. Je m’efforcerai de supprimer les droits de douane et autres barrières commerciales. Le libre-échange permet de construire un monde plus prospère et plus pacifique. Lorsque les pays commercent librement, ils préfèrent éviter la guerre.

Quel est le problème du système bipartite aux États-Unis ?

Les gens devraient avoir plus que deux choix dans les urnes. Mais la réalité est pire encore, car les Démocrates et les Républicains ressemblent à un seul parti, leurs politiques sont pratiquement les mêmes. Les Démocrates et les Républicains empêchent l’émergence d’autres partis en adoptant des lois qui nous rendent la tâche difficile pour nous inscrire sur les listes de vote. Les candidats des partis libertariens réussissent généralement à se présenter malgré ces obstacles. Mais nous nous heurtons alors à un problème plus important. Les grands médias, qui entretiennent des liens incestueux avec les vieux partis, occultent les candidats des partis alternatifs et nous excluent souvent des débats, laissant croire à de nombreux électeurs qu’ils n’ont que deux choix. La bonne nouvelle, c’est que les Américains sont de plus en plus conscients de ce problème et cherchent des solutions alternatives. Notre candidat en 2016, Gary Johnson, a reçu le plus grand nombre de voix dans les 49 ans d’histoire de notre parti. J’ai l’intention de m’appuyer sur ce succès. Je suis très contente de notre présence marquée sur les médias sociaux, par le succès de notre collecte de fonds et par les milliers de bénévoles qui ont adhéré à ma campagne jusqu’à présent.

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